Pourquoi des livres comme La puissance illimitée, la puissance de la pensée positive, les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, sont-ils devenus des best sellers ? A quelle demande peuvent il bien répondre ?
Le développement personnel (nommé ci-après DP) est nommé outre Atlantique Self Help, c’est-à-dire S’aider soi-même, alors même qu’il s’agit de faire appel à des méthodes extérieures pour y parvenir. Elle mettent l’accent sur une idée de transparence à soi-même : avec un peu de bonne volonté, le bonheur va se trouver à portée de main et son propre potentiel devenir enfin libéré. Mais qu’est-ce que le développement personnel ?
Définir le développement personnel ?
Il est difficile de définir le DP tant il puise à des sources historiques diverses et développe des thèmes variés.
De manière très générale, on peut dire que parmi ses thèmes de prédilection figurent
l’amélioration de son potentiel et de ses capacités, le souci du vivre mieux et du mieux être, l’accroissement de la connaissance de soi. Notons que souvent les hommes sont plus intéressés par le thème du développement de la puissance tandis que les femmes privilégient le mieux-être pour elle-même ou pour leur entourage.
Sur le plan des idées, il a été influencé par la philosophie (y compris et peut être surtout, par la philosophie antique, Épicurisme, Stoïcisme…), les religions, l’ésotérisme et plus récemment par la psychologie en général et la psychologie positive en particulier, certains concepts de la psychanalyse et des différentes psychothérapies,
Citons la revue Sciences Humaines, n°23, 2011, pour laquelle « les techniques de développement personnel visent à la transformation de soi : soit pour se défaire de certains aspects pathologiques (phobie, anxiété, déprime, timidité), soit pour améliorer ses performances (mieux communiquer, gérer son temps, s’affirmer) » et la page Wikipédia consacrée au DP .
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D’une manière générale, on peut distinguer le développement personnel appuyé sur des courants anciens du développement personnel « de consommation »
Développement personnel « historique »
et développement personnel de «consommation »
L’approche du DP qui s’appuie sur des racines parfois anciennes repose sur la recherche d’une connaissance de soi-même et s’appuie sur une démarche d’introspection.
Il s’agit de travailler à son autonomie dans la voie de la recherche de soi-même, dans une introspection quelque soit la méthode.
La philosophie ne s’est pas toujours orientée vers une voie spéculative. Le souci d’une aide à bien vivre fut longtemps et demeure un de ses courants importants. Dans cette tradition, nombre d’auteurs peuvent être considérés comme des précurseurs du DP. Citons les Épicuriens, les Stoiciens, Le manuel d’Épictète, Les Essais de Montagne, Les pensées de Pascal….
Les différentes religions peuvent également est considérées comme des aides à vivre. Préceptes moraux, obligations et interdits, c’est-à-dire indications quant à la manière de se comporter aussi bien avec soi-même qu’avec l’autre. Introduction d’un sens de la vie et de la mort.
La psychologie humaniste se situa comme un troisième mouvement après la psychanalyse et le behaviorisme (comportementalisme lié aux recherches sur les réflexes conditionnés). Parmi les principaux praticiens citons Carl Rogers, créateur de l’approche centrée sur la personne et Fritz Perls qui développa la Gestalt-thérapie à partir des années 1955. L’analyse bioénergétique, c’est à dire une thérapie psycho-corporelle développée par Alexander Lowen fait également partie de cette mouvance, issue des travaux de Willem Reich, un ancien élève de Freud.
Un certain courant de la psychanalyste, historiquement en rupture avec Freud surtout représenté par Carl Jung.
Elève dissident de Freud, Jung insista beaucoup sur les rapports entre psychisme individuels et les archétypes, production d’un inconscient collectif. Il développa également la notion d’individuation, dépassement de tendances contradictoires et éventuellement conflictuelles vers le développement d’une unité le Soi. C’est surtout ce dernier point, il peut le faire considérer comme une source du DP contemporain.
Par ailleurs, Jung développa la psychologie analytique, une théorie à tonalité parfois mystique quand la psychanalyse classique poursuivait son travail sur la psychopathologie et les conflits psychiques individuels.
La psychologie positive ou l’injonction à être heureux
Ce DP de consommation s’appuie principalement sur le développement de la psychologie positive.
Dans un livre intitulé Happycratie, Cabanas et Eva Illouz montrent comment, selon la psychologie positive, nous serions responsables de nos émotions et de notre bonheur. Elle a donné lieu à tout un courant plus ou moins théorique et à une industrie destinée à nous rendre heureux. Elle a peu emprunter des éléments au courant de la psychologie humaniste mais c’est surtout orientée vers une voie d’adaptation voire de normalisation vis-à-vis d’exigences sociales (être puissant, être heureux) comme autant d’injonctions absolues.
Le développement personnel critique l’aliénation produit par la société mais génère une industrie florissante
Dans cette optique sont proposés des outils d’adaptation à une société stressante, dure dans laquelle il s’agit de réussir. Pour ce courant, les potentialités de la personne ont été entravées par des conditionnements limitants. A travers différentes techniques, il va s’agir de vouloir retrouver une autodétermination et une capacité nouvelle à faire des choix moins contraints par les exigences sociales.
Ce dernier courant présent en Europe mais fleurissant aux Etats Unis valorise l’influence sur soi-même dans l’idée d’être maître de soi dans une société de l’individualité et de la performance. On peut citer ici Anthony Robins et ses best seller internationaux autour de la notion de pouvoir illimité et de votre puissance intérieure.
Ce DP « de consommation » a tendance à opposer la société et l’individu. La vie en société induirait l’hypocrisie, les masques, les oppressions, voire les frustrations. Pour dépasser ce qui est souvent présenté par certains auteurs comme des aliénations, il s’agirait de développer l’authenticité caché au fond de chacun, masqué par ce que Antony Robins appelle les croyances limitantes.
Dans cette optique, nous posséderions plus en nous mêmes que nous le croyons et c’est la société qui nous empêcherait de nous épanouir. A travers différentes techniques, on va chercher à retrouver une autodétermination et une capacité nouvelle à faire des choix moins contraints. Au total, il va s’agir de positiver nos expériences et notre vécu, selon le credo de la psychologie positive.
Notons que à contrario, le développement personnel « d’introspection » tendrait plutôt à rechercher une harmonie entre l’environnement et le sujet.
Développement personnel ou psychothérapie ?
Il est certain que les éléments qui peuvent générer de l’anxiété se sont accrus. On peut citer la vitesse de transformation de beaucoup de choses, le recul de l’influence des religions, le manque de valeur, le manque de transcendance associé au côté consumériste, matérialiste, individualiste sans collectif. Sans parler de l’accroissement de la violence.
Tous ces aspects peuvent générer une besoin d’apaisement, d’harmonie et de recherche d’un sens pour nos vies. Mais si le développement personnel parle à tous, propose des manière de se développer qui seraient valable pour tout le monde, il ne peut parler à chaque singularité, à travers chaque histoire. Chaque personne est unique, s’est formée à travers sa propre histoire et ne peut donner lieu a des considérations valables pour tous.
On a pu dire que la psychologie positive tenait de la méthode Coué. Par exemple, il ne suffira pas de parler de bonheur à quelqu’un de déprimé pour le faire sortir de son lit, pas plus qu’une crise d’angoisse ne cédera l’évocation de la beauté du monde.
Les confits psychiques qui rendent la vie compliquée à beaucoup de personnes contiennent non seulement des aspects positifs mais pas seulement. Le travail autour du négatif, présent en soi-même, sera une dimension de la psychothérapie.. Il s’agira de rendre le patient conscient de ses pulsions et de ses désirs, c’est-à-dire a même d’acquérir plus de liberté pour ses choix. L’idée de se lancer dans l’aventure d’une psychothérapie pourra émerger au fur et à mesure qu’elle prendra conscience que quelque chose cloche chez elle, au-delà de l’insatisfaction qui peut l’amener d’abord, dans un premier temps, à pratiquer des activités de développement personnel.